MUE(S)

Résidence de création, Tours, décembre 2014

Nathalie Menant, ma soeur, plasticienne, m’invite à participer à son projet : MUES.

Des empreintes de femmes, prises dans le plâtre. Des parts de soi qu’on abandonne, des marques de ce qui reste, de ce qui bouge en soi.

La région Centre l’invite en résidence à Tours. Durant 2 semaines, dans la belle cave voutée d’Arcades Institute, elle prendra les empreintes de femmes qui sortent de périodes difficiles, des femmes suivies par l’association Joséphine. C’est à cette résidence de création qu’elle m’invite.

J’ai été modèle de sa première mue. J’ai vu des parties de moi émerger du plâtre, étranges et familières à la fois. Fantômes d’un instant passé, présence réitérée. Les Mues révèlent une part de soi qui s’offre au regard mais elles portent aussi une part silencieuse. Une rencontre avec soi-même, comme une prière, une promesse que l’on se fait.

© Frederique Menant

D’abord la peau est mise à nue. Puis il faut prendre pose pour qu’un voyage immobile commence, sensible, intime.

 

Le corps traverse une expérience sensible et profonde, de l’ordre de l’indicible. Comme si les mouvements de chaleur allaient chercher au plus profond de soi un souvenir, quelque chose d’un peu flou. Une image.

Quand la mue se détache, elle ouvre un espace intime, infime, entre soi et le plâtre Un espace de renouvellement de soi à soi, un petit pas vers ses propres profondeurs, là où se puise une force de résilience, là où l’image tremble.

© Frederique Menant 3

Cet interstice m’apparaît comme une chambre noire, là où s’élaborent les images.

Peut-on filmer à partir de là? Dire le mouvement et l’immobile ? Dire l’intime, la force qui nous pousse et nous construit pour nous tenir droites ?

Tenter une telle expérience c’est travailler sur cette étrange articulation entre ce que l’on donne à voir de soi et l’image de soi. Cette image que l’on perçoit de l’intérieure : latente, mouvante, parcellaire, transfigurée par notre propre histoire. Nos blessures, nos brûlures mais aussi nos jouissances et nos élans.

 

C’est dans la matérialité même du support argentique 16mm que je cherche cette image plus profonde. D’abord saisir la lumière, la peau, la silhouette, la posture, une empreinte lumineuse. Puis plonger dans l’émulsion, dans l’organisation chimique des grains d’argent pour atteindre cette fragilité de notre être au monde.

Le travail de labo sera réalisé à L’Etna.

 

© Frederique Menant 2

 

 

 

 

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A propos fredemenant

Auteur - Réalisatrice
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