Mue(s) – Extraits

Mue(s) – Extraits 6mn

J’ai traversé les solstices
Dans l’ombre, un souffle
Sous la peau, un passage

Traversing the solstices
Within the shadow, a sigh
Beneath the skin, a passage

Le film dans son intégralité dure 10min, visible comme un film unitaire ou en 16mm ou en version numérisée, ou dans l’installation MUES, de Nathalie Menant.

Distributeur : Collectif jeune cinéma

 

 

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Publié dans Formes courtes, Mue(s)

Un instant sous la nuit

Sous la surface, le territoire obscur gonfle. Bat. Se débat.

Quelques mots seulement, un instant, pour ne pas les perdre tout à fait.

J’ai encore en tête l’image de la maison détruite. Ou plutôt du vide, de l’espace qu’elle laisse sur la plage. C’était un rêve, ou la fin d’un rêve. Après avoir été emmurée, poursuivie, j’arrivais devant cette maison close. Totalement close. Ce sont les mots qui me viennent. Est-ce à voir? Maison hermétiquement fermée, au bord d’une plage atlantique où la mer rugit. La colère monte. Une telle colère, une telle rage, je souffle entre deux murs, géante, et la maison implose. Se brise. S’écroule. Disparait en gravas. Libérant la plage. Libérant, aussi, un pouvoir d’anéantissement salutaire de quelque chose de mort, qui n’a plus de raison d’être.

Je me dresse sur la plage grise. Sereine. Je m’y sens toujours. Sans comprendre tout à fait ce que j’ai détruit.

Je n’ai plus d’attache peut-être. Plus de lieu. Je n’ai jamais eu de territoire en surface dont je saisisse le sens. « Il faut en passer par là », dit Marguerite Duras. Ces passages de mots. Sillons torrentiels.

Grenouilles en échos de mes gouffres. La femme au fond veille. Continue de peindre sur les parois. A n’en pas douter.

Les eaux du dehors s’infiltrent. Puits de lumière. Le feu peine à prendre mais ne s’éteint pas.

Ce n’est pas dans les cimetières que se joue ma pièce. Pas tout à fait. Là, ce ne sont que ce que nous concédons aux vivants de nos quêtes.

Ailleurs alors, mais où ?

Il y a la terre retournée des champs. La main qui déracine, enracine, taille. La sueur sur la peau. Soleil écrasant. Ombre. Il y a les lianes qui s’emmêlent et les chants qui s ‘élèvent.

Tout cela je le rêve. Et c’est là.

Mes pieds ont touché le sol des déserts. J’ai respiré l’herbe coupée. Mon sexe au contact du sol chaud. Isolée et lointaine.

Je m’emporte avec moi, au bout d’un long lien, distendu, parfois ténu. Je nage sous les eaux denses. Danse. Je me perds. Je me sens. Je me touche dans l’obscurité, quelque chose de noir. Ma peau. Douce sous les eaux. Je m’étrangle. Me débat. Me soulève. Me caresse. M’emporte. Une danse avec moi-même dont je ne sais ce qu’elle incarne.

Souffle brillant. Reflets d’or. Je manque d’air. Me faut-il aussi, la surface ? Son trop plein qui m’étouffe ? Ses trop de vide dans l’épaisseur du monde ?

En sillon, dans le sang du vivant, chemins vers les dessous. J’en cherche l’assurance. Ils sont là. A n’en pas douter.

J’attends. Je réveille les sillons endormis. Mon propre souffle.

Publié dans Où commence la lumière.

(Re)prendre la rue, la route.

Extrait – Carnaval

Les mots sont enfouis dans une profonde obscurité.

« Vert ». Le premier qui apparait.

Les nervures de la feuille épaisse.

Lourde.

Les mots sont enfouis dans le silence.

Feu.

Sang.

Les masques couvrent les visages. On ne devine que les bouches. Les yeux en trou noirs. Dans la pénombre de la ville. Dans l’air épais. Les fouets claquent. Les pas martèlent le bitume. Rapides.

Corps insaisissables. Dans l’épaisseur d’une distance temporelle. Dans l’épaisseur du mythe. De la résistance oubliée. Là, pourtant.

Tout est là. Sans doute.

Adviendra peut-être.

Il pourrait s’agir d’une histoire qui émane des tréfonds.

Une femme. Une jeune fille. Qui avance sur un chemin et rencontre une brutalité. Rencontre la mort. Ou plutôt, un espace entre deux.

Un espace qui lui est propre, et qui l’ouvre à d’autres.

Chemin des esclaves et des reconstructions.

Sillons des douleurs, des arrachements.

Et tout ce qui tente de recoudre et de fabriquer du vivant.

Pour moi recoudre, c’est filmer, enregistrer. Retenir quelque chose qui s’échappe.

Comment créer de l’épaisseur ? La vie qui palpite ?

Je tourne en rond…

Je pense aux corps qui défilent. Aux fragments de corps dans le cadre de ma caméra.

Je pense : comment ces corps vont-ils entrer dans les vides des images de novembre ?

Face à moi les couleurs sont hallucinantes. Grises et ocres et vert tendre. Il fait nuit devant et la lumière est encore solaire à gauche. Comme deux états d’un profond coeur humide.

Bim bim bah, balanh bah. Balanh ba. Balanh ba. Rha. Rha. Rhawa. Woh.

Je cherche une sonorité profonde.

Je cherche où les mots ne vont pas.

La lumière s’agite et percute les feuilles rousses.

Mon corps alangui se furie tout au fond.

Je veux plus de soleil et de jaune et moins de nuit qui tombe.

Et pourtant la nuit là, arrive.

Et pourtant… ces mots reviennent et ne cessent de parcourir mes chemins.

Je pense au cimetière de la plage de Sainte Marguerite, comme un endroit où je devrais aller. Demain, peut-être.

Et le vent qui explose les grandes feuilles et les arbres en face. Energie surpuissante d’un avenir qui se rapproche. L’attraper, avec rage et tendresse.

Oh ! De moi ! Où tracer cette route et comment ?

Tenir fermement le cadre qui m’attache à la vie.

Je lis Maya Deren à la tombée de la nuit. Alors que les grenouilles, oiseaux de nuit, autres sons étranges et inquiétants se lèvent. La nuit qui arrive avec son étrangeté.

L’esprit, ce qui anime, donne force.

Je pense à Gilles. L’esprit qui l’a quitté. Ce qui lui a fait perdre son esprit. Ce qui nous entrave, nous épuise, nous tue. En cela sans doute un lien à la lutte. Pour que nos conditions d’existence cessent de vider nos esprits de leur force. Nos âmes, nos corps, notre être.

Publié dans Où commence la lumière.

L’enlumineur II

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Mue(s) primé au Festival des Cinémas différents et expérimentaux de Paris

http://www.cjcinema.org/

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Mue(s) au Festival du cinéma libre, à Hambourg

http://festivalducinemalibre.com/

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Mues – installation dans les jardins de l’Etna – 4 juillet 2015

Un parcours dans les jardins de l’Etna, entre les Mues de Nathalie Menant et des projections en super 8 et 16mm. Au bout de la cour, la film Mue(S), réalisé à Tours, et une belle surprise…

 

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